Annie Prod’homme:spécialiste du financement et des projets d’investissement

un bon projet est ce qu’il promet, et une bonne

start-up ce qu’elle en fait !

Une spécialiste par excellence dans le financement et le développement de projets d’investissement, Mme Annie Prod’homme maîtrise aujourd’hui, grâce notamment à une expérience de longues années, le langage des uns et les contraintes des autres. Compte tenu de son expertise combinée dans les domaines de la finance et des TIC, elle travaille en tant que Business Angel pour trouver et façonner des investissements en faveur des start-upers à travers le monde. Dans l’entretien qui suit, Mme Annie Prod’homme nous livre ses engagements et ses jugements avec une franchise toute convaincante.

Bridges Builder : Parlez-nous de votre longue expérience en tant que business angel et le financement des start-ups ?

Mme Annie Prod’homme : Lorsqu’il m’a été proposé de faire partie de Sophia Business Angels moins d’un an après sa création, j’ignorais ce qu’était un business angel, mais je me suis vite aperçue que – comme Monsieur Jourdain –  je l’étais sans le savoir J. Du moins pour la partie « angel » qui consiste à donner de son temps et de son expérience pour aider un projet à se structurer. En devenant business angel au sens « business » du terme – c’est-à-dire investisseuse – j’ai vite compris la nécessité de parfaitement connaitre un secteur d’activité avant de s’y impliquer financièrement. Autrement dit, si le « coup de cœur » pour un porteur de projet explique le bénévolat librement consenti, il ne doit jamais en être l’origine lorsqu’on investit son propre argent ou que l’on incite d’autres personnes à investir à nos côtés. Et ceci pour une raison simple : un investissement doit être rentable. Pour s’assurer a minima de récupérer sa mise, il faut prendre des risques calculés, et donc être en mesure de les apprécier. S’il devait n’y avoir qu’une règle pour moi ce serait celle-là, car on ne joue pleinement son rôle de business angel que lorsqu’on est en mesure d’aider concrètement le porteur de projet tout le temps que dure notre participation (conseils, mises en relation, etc..) et faire en sorte d’en accroitre significativement la valeur, dans l’intérêt bien compris de tous.

Qu’est ce qu’un bon projet ou une bonne start-up, selon votre expérience ?

J’aurais tendance à dire qu’un bon projet est ce qu’il promet, et une bonne start-up ce qu’elle en fait ! Il faut que le projet se transforme en  un produit/service qui rencontre à son tour un marché. Sans des conditions optimales de rentabilité pour la start up,  des tarifs acceptables pour le marché-cible et un positionnement concurrentiel avantageux (rapport qualité/prix notamment) il n’y aura tout simplement pas de chiffre d’affaires. Donc tout repose sur la rapidité à laquelle le produit/service est commercialisable, le modèle économique choisi, et l’offre tarifaire. Une bonne start-up est donc celle qui intègre l’ensemble de ces facteurs comme étant les prérequis indispensables avant d’engager quelque démarche que ce soit, et surtout en recherche de fonds.

Quel est l’apport de Sophia Business Angels aux porteurs de projets et start-up ?

Sophia Business Angels est un club International qui regroupe des hommes et des femmes de 14 nationalités différentes ;  très expérimentés, ils ont majoritairement occupé des postes à haute responsabilité à l’International, ou créé une ou plusieurs entreprises revendues avec succès. En plus de leur capacité d’investissement à titre personnel, leur valeur ajoutée est considérable en termes d’expérience et de réseaux, tant au plan national qu’international. Ils accompagnent les porteurs de projets et les aident à fédérer différents acteurs de l’accompagnement et du financement des start-ups en phases d’amorçage et de développement. Ils leur ouvrent les portes de partenariats stratégiques (commerciaux, technologiques) et leur facilitent l’accès à des financements européens notamment.

Quelle est votre appréciation des modes de financement des start-ups  en général et des investissements en equity en particulier ?

La diversité des financements adressables par des start-ups tient pour l’essentiel : au caractère innovant ou pas du produit/service qu’elle commercialise, au montant de ses fonds propres, à son stade d’avancement (preuve du concept, début de CA, amorçage, premiers développements), à la nature de ses besoins (fin de R&D, prototype, embauches, propriété intellectuelle, Go to Market, internationalisation), etc…au montant de ses besoins et au timing attendu de mise à disposition des fonds. De ce constat, il résulte plusieurs typologies de financements adressables : les prêts d’honneur (remboursés par la personne physique), le « love money », les prêts & subventions de l’innovation, les financements bancaires traditionnels, les appels à projets, les business angels et les VCs. Donc et pour répondre à votre question : il n’y a de bon financement d’une start-up qui ne réponde aux impératifs suivants : un endettement minimal en financement externe tant qu’il n’y a ni preuve du concept ni un marché identifié et un business model validé par rapport au marché ciblé et à la concurrence ; la mise en place systématique d’effets de leviers entre financements publics et privés et ceci à chaque stade du développement ; l’ouverture du capital en phase 2 à des VCs dès que la valorisation permet la sortie des primo investisseurs qui le souhaitent et seulement si l’équipe dirigeante a parfaitement intégré les tenants et aboutissants d’une levée de fonds,  la nécessité de se diluer significativement au capital et celle – bien souvent – de ne plus être le seul décideur lorsque le développement nécessite la mise en place d’un conseil d’administration opérationnel. Vous l’aurez compris : si parfois cela se passe mal, c’est parce que des règles élémentaires de prudence et d’acceptation des impératifs de l’autre ont été occultées…

La conjoncture actuelle ne va-t-elle pas favoriser la baisse des engagements des business angel et impacter négativement sur le financement des start-up ?

Sauf si le fruit de leur épargne a été altéré par la crise, être business-angel est avant tout un état d’esprit : ce n’est donc pas ce qui va les arrêter, d’autant que tous les pays ont pris des mesures significatives pour soutenir les entreprises fragilisées par la crise, start-ups compris.

Quels conseils donnez-vous aux porteurs de projets et startups à la recherche de financement dans cet environnement difficile ?

Il faut toujours avoir des plans B,C etc. Il faut aussi prendre rapidement toutes mesures d’allègement des charges fixes. Aussi, il serait important de profiter de cette crise pour repenser le modèle économique et identifier des partenaires susceptibles d’alléger les charges variables. Il faut toutefois éviter de recourir à des financements externes pour combler une perte de trésorerie, en privilégiant toujours le recours à l’échelonnement et à la négociation des dettes. Ne pas hésiter à demander conseil aux CCI, experts comptables et juristes, tous fortement mobilisés.

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