Mohamadou Diallo, Fondateur de Cio Mag & ”African Digital Tour” ”22 des 51 fonds d’investissement, sont en Afrique et dirigés par des africains”

Les Assises de la Transformation Digitale en Afrique, c’est lui. Le ”Digital African Tour”, c’est encore lui. Cio Mag, le magazine africain de référence sur les IT, c’est toujours lui. Mohamadou Diallo, serial entrepreneur dans l’âme, journaliste de profession et passionné d’informatique, est titulaire d’un diplôme d’Etudes approfondies en sciences de l’information et de la communication (Université Paris VII Denis Diderot), d’un diplôme de l’Institut supérieur européen de gestion de Paris et d’un diplôme universitaire de technologies UIT Paris-Sud. Entretien avec un ”Technopreneur”, fin connaisseur de cette Afrique plurielle des innovations technologiques et des startups.

  • Pour beaucoup de spécialistes, les innovations technologiques en Afrique, seraient essentiellement axées sur les FinTech et le e-Commerce, et que les autres domaines tels que la Santé, l’Agriculture, l’Agro-industrie, l’Éducation, ne seraient pas tout aussi pénétrés par les innovations technologiques. Etes vous d’avis et pourquoi?

Effectivement, la tendance et les énergies ont été plus concentrées sur les finances mobiles et sur l’e-Commerce. A mon sens, il y a plusieurs raisons pour l’expliquer. Il y a d’abord l’absence manifeste des infrastructures physiques de commerce (un point de vente en moyenne pour 19.000 personnes en Afrique alors qu’en Europe, ce chiffre est d’un point de vente pour 400 habitants) et du faible taux de bancarisation (moins de 20%) de la population. Il y a aussi le fait que ce soit pour la finance mobile que pour l’e-Commerce, ce sont des secteurs plus portés par des acteurs privés et moins régentés par les Etats. Cela a valu à l’Afrique d’avoir ses premières licornes avec Jumia pour l’e-Commerce. Ceci n’enlève en rien, la criticité des autres comme l’agriculture , l’éducation et la santé. Ce sont des secteurs relevant du pouvoir régalien de l’Etat. Il est plus difficile pour les start-up de mener des projets dans ces domaines sans la volonté publique pour accompagner ce type d’initiative. Mais avec l’arrivée de la pandémie Covid-19, nous assistons à une vitesse d’adaptation dans le domaines des innovations sanitaires. On constate un mouvement sans précédent de mobilisation des intelligences et des ressources pour hacker le coronavirus. D’ailleurs, CIO Mag est entrain de répertorier et de cartographier ces différentes initiatives prises sur le continent, à partir d’une carte géographique africaine itérative (https://cio-mag.com/covid19/) dénommée ”Les solutions africaines à la crise”, pour promouvoir le partage de bonnes pratiques en vue de faire émerger les meilleures pratiques. Cette dynamique est à encourager et pourra se faire dans les autres secteurs tels que l’agriculture, l’éducation, l’énergie, etc… pour accompagner la sortie de crise. Comme tous les pays ont déclaré la guerre pour faire face à la pandémie, il faut une gestion intelligente post-crise.

  • Qu’est ce qui pourrait expliquer, selon vous, le fait que le financement des startups et PME africaines évoluant dans le domaine des IT sur le continent, soit largement le fait des Capital-risqueurs davantage que des Pouvoirs publics et autres Banques commerciales?

Il y a un grand travail à faire à ce niveau pour adapter les instruments de financement. Les banques classiques doivent changer de paradigme du fait de la nature des besoins de financement des startups. Il est plus facile de convaincre une banque classique de prêter un Etat afin de financer des barrages d’énergie hydroélectrique pour des montants astronomiques plutôt que des kits pour permettre à des milliers d’habitants d’accéder à l’énergie solaire ou à des systèmes d’irrigation des sols à distance via mobile. Il ne s’agit pas d’opposer infrastructures numérique et infrastructures physiques. Mais, les choses commencent à changer. Les modèles de financement doivent aussi suivre. Il faut absolument encourager l’émergence de sociétés de capital-risque africaines. L’idéal serait d’avoir des fonds africains pour financer le développement des startups sur le continent. Ceci relève aussi d’une volonté de souveraineté et passe nécessairement par le développement d’une culture africaine du financement pour accompagner l’écosystème africain. Il est clair que cette dynamique ne peut se développer uniquement avec des apports venant des pays occidentaux. Il est indispensable que les africains prennent leur destin en main en créant des fonds africains pour les africains. Il est réjouissant de constater que durant ces dernière années, sur les 51 fonds investissant dans des startups africaines, 22 sont basés sur le continent et dirigés par des africains.

  • Dans une approche comparative entre la Maroc, la Côte d’Ivoire, le Ghana et le Kenya, qui seraient pour beaucoup de spécialistes des startups dans le domaine digital, ‘’les capitales africaines’, quelle est votre analyse en termes d’analyse SWOT, de leurs écosystèmes, de leurs acteurs, et de leurs enjeux respectifs?

Cela revient à opposer le système anglophone au système francophone. Culturellement, les pays anglophones d’Afrique ont cette culture entrepreneuriale et de la finance que l’on ne retrouve pas dans les pays francophones. Pour preuve, en 2018, les entreprises africaines ont levé presque un milliard de dollars grâce en partie à la Fintech. Sur le plan géographique, 67% des investissements sont concentrés dans seulement trois pays anglophones : l’Afrique du sud, le Nigéria et le Kenya. Mais ça commence à bouger. Nous avons une jeunesse qui y croit.

  • Vous êtes le fondateur du CIO Mag qui est devenu au fil des années, le support de référence sur l’information et la veille technologique au service des DSI et des IT managers en Afrique. Quelles sont aujourd’hui, les grandes tendances africaines dans le domaine start-up évoluant dans le digital? 

Il y a les secteurs de la Fintech et du Commerce électronique. Comme expliqué précédemment, les deux secteurs où l’Afrique s’illustre le plus et on compte de licornes c’est dans ces deux secteurs. Cela correspond à des besoins réels à la fois basiques et frugales de la population. Imaginez des pays comme le Togo ou encore le Mali, on dénombre un gap pour 320.000 habitant, fournir des accès à la finance par mobile représente une opportunité sans pareil. Quand on voit les commodités offertes par la combinaison mobile, finance et digitale en termes de facilitation d’accès pour effectuer des transferts sécurisés, il est normal que le succès soit au rendez-vous. Il appartient à l’Afrique d’inventer sa propre trajectoire pour accélérer l’atteinte des ODD grâce au numérique . Pour ce faire, il faut adapter et reformater le système de formation pour apporter à la jeunesse cette culture entrepreneuriale et trouver des solutions aux besoins de la population.

  • Vous êtes aussi un serial entrepreneur et promoteur du African Digital Tour. Qu’est ce que le ‘’African Digital Tour’’, sa philosophie, son approche, sa démarche, son ambition, d’une part et d’autre part, quel est le contenu des ”African Digital Tour” 2020 de chaque étape/pays et qu’est ce qui les justifie?

Le Digital African Tour est un roadshow sur une dizaine de capitales africaines afin de promouvoir les échanges concernant le numérique. Le Groupe Cio Mag a été précurseur dans ce domaine. Depuis 2008, Cio Mag a été le premier groupe de média à avoir misé sur la transformation numérique en Afrique. Au début, c’était dans le cadre des rencontres thématiques avec les DSI, une cible plutôt mature mais qu’il fallait évangéliser. L’objectif était de les accompagner, d’une part, dans la valorisation de la fonction et anticiper le rôle et la place de ces acteurs dans la transformation des entreprises et des administrations africaines et, d’autre part, les aider à prendre en main le destin numérique de leur pays.  Depuis cinq ans, nous avons nouer des partenariat avec les ministères en charges du numérique, les agences gouvernementales en charge de la stratégie numérique et de l’implémentation des politiques e-Gouv. Le Digital African Tour se termine par les Assises de la Transformation Digitale en Afrique que nous organisons à Paris depuis bientôt une décennie. L’objectif est de renforcer la coopération entre l’Afrique et l’Europe sur des sujets innovant comme les enjeux de la  Smart City, de la Wise City, de l’identité numérique et du e-Gouvernement.

Propos receuillis par Siré Sy

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